Migrations. Passer la mer aux poissons et quitter son chat. Ce n’est pas que la terre soit ronde, ni la route des épices.
Mais le déplacement des oiseaux, des poissons, des mammifères. Est le propre des espèces. Les hommes aussi se déplacent.

Se reproduisent, naissent, meurent, deviennent fantômes.

Jamais l’aventure n’a été vraiment le lieu de rêve et de légende. Savouré dans l’accalmie des cheminées des chaumières. Toujours les tempêtes, la mort et les disparitions, ont rythmé. Scandées par les périodes d’angoisse ou d’allégresse.

Cycles des saisons, directions des vents, des marées, du feu. Déterminant les déplacements des gens. Jean surpris. Parmi les désemparés, désespérés, déshérités, fuyards.

Albatros traversant les océans, Gitans dans leurs roulottes à travers champs. Cigognes, buffles, bisons, troupeaux, colonies, hordes, grappes en déplacement. Réminiscences mythologiques. Jonas dans le ventre de la mer.
Poussant les hommes vers les mâchoires de la baleine.

Après tant de longs trajets, de capricieux déplacements.
Dans l’échiquier marin appuyé sur la table terrestre.
Ces créatures échouent sur les rives avant la fin de leurs vies. À peu près comme Jean réfléchi. Un couple de naufragés.

Arche de Noé, déluge, Tsunami, radeau, traversée.
Nageur. Passeur. Initiation ésotérique. Peintures.
Combats. Jeux amoureux, mariage, procréation.
La transhumance. L’espoir. L’accueil au-delà des frontières. Portrait de l’artiste en Espagne. Penseur…

Sortir, Partir, Quitter. Rêver, Aspirer…
Radeau, Bouchon, Bouteille sans message.
Livrés à l’amer et à l’eau salée des tempêtes de la Fortune.
À la dérive. Disparu. En rétention. Comme une trace sans tracé. Vagabond, Pèlerin, Aventurier, Paria, Banni, Proscrit.
Pas encore naufragé dans les lignes, dans l’écriture, dans les images.

L’orfèvre polit ses cailloux dans les reflux des vagues.
Comme les chercheurs d’or poursuivent ce qui brille au loin.
Pendant qu’échouent. Sur le sable. Les messages codés d’autres rivages.

Des iris pour Jean.
Des oiseaux aux poissons.
Nager pour arriver. No man’s land des exilés.
Traverser la Méditerranée. Se retrouver dans l’attente d’hospitalité. Acceptation de l’autre. Asile au sein du Moi Social.

Un refuge dans les montagnes. Dans la peur, dans l’indifférence. Comme échoués, rejetés du ventre de la mère.
Tels les rebuts de la société dite politique.

La caresse du poisson.
Des corps devenus des épaves échouées sur les plages.
Créatures marines lessivées dans les vagues, à la dérive.
Arrivées semi-noyées, comme cadavres sur les rives d’un continent.

Enfin, ramasser des oranges. Dans les profondeurs vertes. Jean fumeur. Parqué. Sans paire, sans ampère ni électricité. Déraciné. Loin des arbres. Une nourriture aux poissons. Attendant. Arrivée avec un filet.

Jeunesse. Droit à l’espoir de migrer.

Ricardo Parrilla – Réflexions à partir de l’exposition de Muguette Bastide – Poète-philosophe franco-uruguayen 

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